Code de Pratiques Pour les Musulmans en Occident

Le Pèlerinage (al-hağ)

Le pèlerinage est l'une des obligations réputées de la loi musulmane (al-sharī'a). Le Coran a rappelé l'obligation de le faire pour celui qui en a la capacité dans de nombreux versets. Dieu (qu'il soit exalté) dit : {Et c'est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens, d'aller faire le pèlerinage de la Maison. Et quiconque ne croit pas Allah Se passe largement des mondes» 1 .

Dieu (qu'il soit exalté) associe le fait de ne pas faire le pèlerinage à l'impiété pour affirmer davantage l'importance du pèlerinage.

Le pèlerinage est l'un des cinq piliers constitutifs de l'Islam. Dans une noble affirmation de l’Imām Al-Bāqir (que la paix soit sur lui), on peut lire que : «L'Islam a été bâti sur cinq choses : la prière, la zakāt, le pèlerinage, le jeûne et la wilāya» 2 .

Le prince des croyants, l’Imām 'Ali b. Abī Tālib (que la paix soit sur lui) a dit dans son testament : «N'abandonnez pas le pèlerinage à la maison de votre Seigneur sinon vous périssez» 3 .

Quant à l’Imām Al-Sādiq (que la paix soit sur lui), il a dit : «Si les gens abandonnent le pèlerinage de cette maison [de Dieu], le châtiment s'abattra sur eux sans délai» 4 . En effet, le fait de renoncer au pèlerinage par négligence tout en ayant les conditions impliquant son obligation est un grand péché. Un hadīt dit à ce propos : «Si l'homme a la capacité de faire le pèlerinage et ne le fait pas, il n'a pas rempli l'une des règles de l'Islam» 5 . On peut, également, citer le hadīt suivant: «Celui qui remet à plus tard son pèlerinage jusqu 'à ce que la mort l'atteigne, Dieu le ressuscitera le jour du jugement dernier en juif ou en chrétien» 6 .

Il convient de relater certaines règles concernant le pèlerinage :

Question 117 : Le musulman doit faire le pèlerinage s'il en a la capacité. Cette capacité consiste en ce qui suit :

a - Qu'il ait le temps suffisant pour partir aux lieux saints et pour faire les rites obligatoires.

b - Qu'il ait un corps sain et qu'il ait la force de voyager pour arriver aux lieux saints et pour y rester le temps nécessaire pour accomplir les rites du pèlerinage.

c - Que la route, pour aller accomplir les rites du pèlerinage, soit ouverte et sûre de façon à ce qu'elle ne représente aucun danger pour lui, pour ses biens ou pour son honneur.

d - Qu'il ait la nafaqa (les moyens de subsistance) : c'est-à-dire que le pèlerin dit avoir suffisamment de moyens pour subvenir, durant son voyage, à ses besoins en nourriture, en boisson, en vêtements et autres nécessités de ce voyage et qu'il existe un moyen de transport qui convienne à l'état du responsable.

e - Que le responsable ne craigne pas la pauvreté pour lui ou pour sa famille suite à son voyage en pèlerinage ou suite aux dépenses qu'il va engager dans ce cadre.

Question 118 : Le pèlerinage de «plaisir » (tamattu ') est celui qui est obligatoire pour ceux qui habitent loin de la Mecque. Ce pèlerinage consiste à réunir les rites du pèlerinage et la visite pieuse ('umra).

Question 119 : La visite pieuse ('umra) exige cinq obligations :

a - Entrer en état de sacralisation (al-ihram) à partir d'un des mawāqīt qui sont des lieux. Ces lieux sont déterminés par la sainte sharī'a ou Loi divine.

b - L'accomplissement de sept circumambulations rituelles (tawàf) autour de la Ka'ba.

c - La prière de la circumambulation rituelle.

d - Le sa'y qui consiste à faire sept aller et retour ou courses entre les collines de Safā et de Marwa.

e - Le raccourcissement (taqsīr) [des cheveux...].

Question 120 : Les obligations du pèlerinage sont au nombre de treize :

a - La sacralisation à partir de la Mecque.

b - La station au mont 'Arafa, le neuvième jour du mois de Gī al-higga..

c - La station à Muzdalifa pendant une partie de la nuit de la fête jusqu'au lever du soleil.

d - Le lancement de cailloux (gamarāt) d'Al-' Aqaba à Mina le jour de la fête du sacrifice.

e - Le sacrifice (nahr) d'un animal à Mina le jour de la fête ou pendant les jours de tashrīq.

f - Le rasage (halq) ou le raccourcissement (taqsīr) des cheveux à Mina. Par cet acte, le Musulman en état de sacralisation retrouve l'état profane et il devient licite pour lui tout ce qui lui était interdit, exception faite des femmes et du parfum et, par précaution obligatoire, la chasse.

g - La circumambulation rituelle de la visite qui consiste à faire sept fois le tour de la Ka'ba après le retour à la Mecque.

h - La prière de la circumambulation rituelle.

i - Le sa'y qui consiste à faire sept aller et retour ou courses entre les collines de Safa et de Marwa. Cet acte rend licite l'usage du parfum.

j - La circumambulation rituelle des femmes consiste à faire sept fois le tour de la Ka'ba.

k - La prière de la circumambulation rituelle des femmes. Après cet acte, la femme devient licite pour son époux et inversement.

1 - Dormir à Mina pendant la nuit du onzième et du douzième jour et quelquefois celle du treizième jour.

m - Lancer les trois cailloux (al-gamrāt) pendant le onzième et le douzième jours et, parfois, pendant le treizième jour 7 .

Voici quelques questions spécifiques au pèlerinage et les réponses de son Éminence notre Sayyid (que Dieu le garde) :

Question 121 : Est-il permis de se mettre en état de sacralisation pour faire le pèlerinage à partir de la ville de Jedda? Si cela n'est pas permis, que faire étant donné que les avions y atterrissent?

* La ville de Jedda n'est pas l'un des lieux déterminés pour la sacralisation et elle n'est pas non plus parallèle à l'un de ces lieux. Il n'est, donc, pas valable de se mettre en état de sacralisation à partir de cette ville pour la 'umra ou pour le pèlerinage. Mais si le responsable sait qu'entre elle et le Haram (la Ka'ba), il y a un lieu qui s'accorde avec l'un des lieux déterminés pour faire la sacralisation, ci qui est tout à fait probable si on observe la concordance de cette ville avec la Gahfa (un mīqat), il devient permis pour lui de se mettre en état de sacralisation à partir de ce lieu au moyen d'un jurement de faire un acte pour magnifier Dieu (nadr).

Question 122 : Si la tête d'un pèlerin s'est blessée au cours du rasage à Mina et que le sang a coulé, que doit-il faire dans ce cas? Et quelles sont ses conséquences?

* Si cela n'était pas volontaire alors, il ne doit rien faire.

Question 123 : II est conseillé de faire le pèlerinage chaque année, mais il y a beaucoup de croyants pauvres qui sont nécessiteux et qui ont énormément de besoins pour vivre et se vêtir dans de nombreux pays musulmans. Aussi, si on a le choix entre dépenser de l'argent pour refaire le pèlerinage aux lieux saints ou vers le tombeau d'un des infaillibles (ma'sûmīn) (que la paix soit sur eux) et aider ces croyants pauvres, que doit-on faire en priorité?

* Aider ces croyants nécessiteux est meilleur que le pèlerinage conseillé (mandub) et que la visite des tombeaux des Imams en soi.
Mais, il se peut que le pèlerinage ou la visite des Imams coïncident avec d'autres bonnes actions voire des actions plus méritoires.

Question 124 : Le royaume d'Arabie Saoudite réserve des lieux de résidence pour les pèlerins au mont d'Arafat et à Mina. Or, nous ne savons pas si ces lieux sont dans les limites déterminées légalement ou non. Faut-il s'assurer de cela et poser des questions à ce propos?

* Si ces lieux sont annoncés comme lieux réservés pour 'accomplissement des devoirs sacrés et que les pancartes d'orientation so placées directement sans intermédiaire, il n'est pas obligatoire de s'assurer de cela et de poser des questions à ce sujet.

Question 125 : On dit que quelques lieux prévus pour le sacrifice (nahr) à Mina sont hors des limites de Mina. Faut-il s'assurer de cela avant de faire le sacrifice de ranimai sachant que le fait de le faire ou de se rendre d'un abattoir à un autre pour s'assurer une nouvelle fois est une opération très pénible le jour de la fête d'autant que le temps pour le faire est très limité? Y a-t-il une solution à cela?

* II faut s'assurer de cela et égorger à l'intérieur de Mina. Mais si cela n'est pas possible en raison de l'exiguïté de Mina qui ne peut pas contenir tous les pèlerins, il est permis de faire le sacrifice dans Wàdī Muhassar. Par ailleurs, cet acte n'est pas limité au jour de la fête, il est permis jusqu'à la fin des jours de tashrīq.

Question 126 : Les pèlerins affrontent un problème au sujet du sacrifice (nahr). En effet, il leur est insupportable psychologiquement de voir que les animaux sacrifiés sont gaspillés alors qu'il y a beaucoup de pauvres dispersés dans nos pays musulmans qui ne mangent la viande que très rarement. A-t-on le droit de sacrifier ces animaux dans nos pays? Avez-vous une solution légale et réalisable à nous proposer?

* II est indispensable d'accomplir son devoir légal en faisant ce sacrifice à Mina.
Quant au péché consécutif au gaspillage des animaux sacrifiés, il incombe aux responsables.

Question 127 : Si, pour un étudiant, la date d'un examen coïncide avec celle du pèlerinage, a-t-il le droit de remettre son pèlerinage à l'année suivante, notamment dans le cas où l'examen est important pour lui?

* S'il est certain qu'il fera le pèlerinage l'année suivante, il lui est permis de le retarder.
Dans le cas contraire, ceci ne lui est pas permis.
Mais si l'ajournement de l'examen provoquerait une gêne insupportable dans des conditions normales, il n'est pas obligé de le faire cette année.

Question 128 : Un homme capable qui n'a pas encore fait le pèlerinage, a-t-il le droit de faire la 'umra du mois de ragab? Que fait-il, s'il a la capacité de faire le pèlerinage pendant le mois de ramadan de la même année? Peut-il faire la 'umra ?

* II peut faire la 'umra seule. Mais, si ce voyage implique qu'il ne pourra pas faire le pèlerinage par la suite, il ne lui est pas permis de la faire...

Question 129 : Un jeune homme célibataire ayant la capacité de faire le pèlerinage décide de se marier. Mais s'il voyage pour accomplir le pèlerinage cela retardera son projet de mariage pour un certain temps. Dans ce cas, que doit-il faire en priorité?

* II fait son pèlerinage avant de se marier sauf si retarder son mariage provoquera une gêne insupportable dans des conditions normales et Dieu est le Savant.


1- Le Coran, sûrat Al-'Imrān (la famille d'Imran), verset 97.
2- Al-Hur Al-'Amilī : tafsîl wasā'il al-shî'a, tome 1, p. 20.
3-Ibid., tome 11, p. 23.
4-Ibid., tome 11, p. 22.
5-Ibid., tome 11, p. 28.
6- Muhammad b. 'Ali b. Al-Husayn b. Bābawayh Al-Qummī : man là yahduruhu alfaqlh, tome 4, p. 266.
7- Pour plus d'informations sur les règles du pèlerinage, Cf. le livre d'Al-Sayyid Al-Sistani : manāsik al-hag.