Code de Pratiques Pour les Musulmans en Occident

L'exil, l'émigration et l'entrée dans les pays non musulmans

Le musulman qui naît et grandit dans un pays musulman, s'imprègne, consciemment ou non, des règles de l'Islam, de ses valeurs et de ses préceptes. Aussi, en devenant adolescent, il aura acquis une éducation fidèle à sa religion, à la voie tracée par celle-ci et à sa guidance.

Mais si un musulman naît et grandit dans un pays qui ne l'est pas, l'influence de son environnement sera évidente sur ses idées, ses opinions, sa conduite et ses valeurs, sauf chez ceux que Dieu a protégés.

L'influence de cet environnement non musulman est plus évidente dans la conduite et les valeurs de la deuxième génération, celle des enfants.

C'est pourquoi l'Islam a une position ferme concernant le fait de s'arabiser après émigration. Une position exprimée à travers plusieurs récits qui considèrent ce fait comme faisant partie des péchés majeurs. Des récits vont même jusqu'à le considérer comme un des huit péchés les plus grands.

Abī Basayr a dit: «J'ai entendu Abī 'Abd Allah (paix sur lui) dire: Les grands péchés sont au nombre de sept : tuer une âme volontairement et associer une divinité à Dieu, calomnier une femme mariée (muhsana), manger l'usure prouvée avec évidence, fuir l'attaque de l'ennemi, s'arabiser après émigration, désobéir aux deux parents et usurper le bien de l'orphelin. Puis il précisa: s'arabiser et associer une divinité à Dieu sont un seul et même fait» 1 .

Ibn Mahbūb rapporte : «Certains de mes amis et moi avons écrit à l'Imam Al-Hasan (que la paix soit sur lui) lui demandant : Quels sont les péchés majeurs et combien y en a-t-il? Il nous a répondu: Celui qui évite les faits pour lesquels Dieu a promis le feu, Dieu absout ses autres péchés s'il était croyant. Les sept péchés majeurs [qui envoient celui qui les fait à l'enfer] sont: tuer l'âme qu'il est illicite de tuer, désobéir aux deux parents, manger l'usure, s'arabiser après émigration, calomnier les femmes mariées, usurper le bien de l'orphelin et fuir l'attaque de l'ennemi» 2 .

Muhammad b. Muslim rapporte l'affîrmation suivante d'Abī 'Abd Allah (que la paix soit sur lui): «Les grands péchés sont au nombre de sept: tuer volontairement un croyant, calomnier la femme mariée, fuir l'attaque de l'ennemi, s'arabiser après émigration, usurper le bien de l'orphelin, manger l'usure après l'établissement de son évidence et tous les faits pour lesquels Dieu a promis le feu» 3 .

Quant à 'Ubayd b. Zirāra, il a dit: «J'ai demandé à Abī 'Abd Allah (que la paix soit sur lui) quels sont les péchés majeurs. Il m'a répondu: ils sont au nombre de sept dans le livre de 'Ali: nier Dieu, tuer l'âme, la désobéissance aux deux parents, manger l'usure après l'établissement de son évidence, usurper le bien de l'orphelin, fuir l'attaque de l'ennemi, et le fait de s'arabiser après émigration». Puis je lui ai demandé: ce dernier est-il le plus grand des péchés? Il répondit: oui» 4 .

L’Imām Al-Ridā (que la paix soit sur lui) a justifié que le fait de s'arabiser après émigration est illicite en disant: «// [l'émigrant] ne peut être sûr de ne pas délaisser la science pour s'intégrer profondément aux gens de l'ignorance» 5 .

Ceci ne veut pas dire qu'entrer dans les pays non musulmans est, catégoriquement, illicite. D'autres affirmations nous montrent que la récompense de celui qui y entre, vaut tout ce que souhaite un musulman. Hammād Al-Sindī a dit: «J'ai dit à Abī 'Abd Allah, Ga'far b. Muhammad (que la paix soit sur lui): "Je me rends dans les pays de l'associationnisme et certains parmi nous disent que si je meurs là-bas, je serai ressuscité avec eux le jour du jugement dernier. Il m'a dit : ô, Hammād, est-ce que tu te souviens de notre cause et appelles-tu à elle quand tu es là-bas? Je lui ai répondu oui. Il m'a demandé ensuite: Quand tu es dans nos villes, les villes de l'Islam, est-ce que tu te souviens de notre cause et appelles-tu à elle? J'ai répondu : non. Il répliqua: si tu meurs là-bas, tu seras ressuscité le jour du jugement dernier en une nation à toi seul et ta lumière marcheras entre tes mains.» 6

En s'appuyant sur cette citation et sur d'autres affirmations similaires ainsi que sur les preuves légales, Ies fuqahā' (jurisconsultes) ont promulgués les fatwas suivantes:

Question 1 : Le voyage d'un croyant vers les pays non musulmans est approuvé afin d'y propager l'Islam et ses règles s'il est sûr que sa propre religion et celle de ses jeunes enfants ne dépérira pas. Le Prophète Muhammad (que la bénédiction de Dieu soit sur lui et sa famille) a dit à l’Imām 'Ali (paix sur lui): «Si Dieu guide, par ton intermédiaire, un de Ses esclaves, ceci est meilleur pour toi que tout ce que le soleil pourrait éclairer de l'Est à l'Ouest» 7 . Il (que la paix soit sur lui) a dit aussi en répondant à un homme qui lui demanda conseil «Je te recommande de ne rien associer à Dieu... et d'inviter les gens à l'Islam. Saches que tu auras pour chaque personne qui répondra à ton invitation une récompense équivalente à celle de la libération d'un des fils de Jacob» 8 (voir les consultations en jurisprudence annexées à ce chapitre).

Question 2 : Le voyage dans les pays non musulmans est permis si le croyant est certain ou s'il été assuré que ce voyage n'influencera pas négativement sa religion et celle de ceux qui dépendent de lui.

Question 3 : II est également permis au musulman de résider dans les pays non musulmans, si cette résidence n'enfreigne pas l'accomplissement de ses devoirs légaux et ceux de sa famille, au présent et à l'avenir (voir les consultations en jurisprudence annexées à ce chapitre).

Question 4 : II est illicite au musulman de voyager dans un pays non musulman qu'il soit à

l'Est ou à l'Ouest de la terre, si ce voyage impose une déperdition de la religion, que le but de ce voyage soit le tourisme, le commerce, les études, la résidence momentanée, la résidence permanente ou autres buts de ce genre (voir les consultations en jurisprudence annexées à ce chapitre).

Question 5 : Si une femme est sûre et certaine que son voyage avec son mari entraînera la déperdition de sa religion, elle lui est alors illicite d'aller avec lui.

Question 6 : Si des enfants pubères, garçons ou filles, sont sûrs que leur voyage avec leur père, leur mère ou leurs amis entraînera la déperdition de leur religion, il leur est alors illicite de faire ce voyage.

Question 7 : Les fuqahā' entendent par l'expression "déperdition de la religion", faire l'un des actes suivants:

- tomber dans l'illicite en commettant un ou
plusieurs péchés, mineurs ou majeurs, comme la
consommation de l'alcool, la fornication,
consommer l'animal crevé, boire une boisson
impure et autres interdits.

- ne pas accomplir une ou plusieurs obligations
comme la prière, le jeûne, le pèlerinage etc ...

Question 8 : Si la nécessité accule un musulman à émigrer vers un pays non musulman tout en sachant que cela entraînera une déperdition de sa religion mais il s'y rend pour sauver son âme d'une mort certaine ou pour une autre raison aussi importante, alors il lui est licite de voyager pour répondre à cette nécessité sans plus.

Question 9 : L'émigrant musulman résidant dans un pays non musulman doit rentrer dans un pays musulman s'il est persuadé que cette résidence entraînera la déperdition de sa religion ou celle de ses jeunes enfants (voir les consultations en jurisprudence annexées à ce chapitre).

La déperdition de la religion se vérifie par l'abandon d'un ou plusieurs obligations ou l'accomplissement d'un ou plusieurs actes illicites.

Toutefois, ce retour au pays ne doit pas conduire à la mort, à une grande gêne ou encore à une nécessité qui entraînera l'annulation de sa responsabilité légale comme celle qui l'obligera, par exemple, à manger l'animal crevé pour survire.

Question 10 : Si le voyage dans un pays non musulman est illicite, cet acte devient un voyage de désobéissance. Aussi, la personne qui le fait n'a le droit ni d'écourter la prière qui compte quatre génuflexions ni de rompre le jeûne tant qu'elle est désobéissante.

Question 11 : II n'est pas permis au fils [et à la fille] de désobéir à ses parents s'ils l'empêchent de voyager soit par affection pour lui, soit parce que ce voyage les fera souffrir en raison de la séparation et de l'éloignement. Toutefois, il ne faut pas que la renonciation au voyage provoque du mal au fils.

Voici quelques interrogations spécifiques à l'émigration vers les pays non musulmans et les réponses de son Éminence Al-Sayyid :

Question 12 : Que signifie l'expression "s'arabiser après émigration" qui est un acte faisant partie des péchés majeurs?

* Certains savants disent que ceci s'applique, à notre époque, à la résidence dans les pays où la religion diminue.

On entend par cette expression le fait qu'un responsable quitte un pays où il peut apprendre les connaissances religieuses et les règles légales qui lui sont nécessaires, où il peut accomplir les obligations de la loi sacrée (al-shari'a) et où il peut éviter ce que cette loi lui interdit, pour aller vers un pays où il ne peut pas faire tout ou une partie de cela.

Question 13 : La personne qui réside en Europe, en Amérique ou dans d'autres régions similaires souffre de son éloignement de l'ambiance religieuse au sein de laquelle elle est née et elle a grandi. On n'entend dans ces régions ni la psalmodie du Coran, ni l'appel à la prière (adān) qui s'élève vers le ciel et on ne peut y accomplir les visites aux lieux sacrés et tout ce qui les entoure comme atmosphère spirituelle.

Abandonner l'ambiance musulmane de son pays et ce qu'elle implique comme actes de bienfaisance pour vivre dans un milieu différent peut-il, donc, être considéré comme une déperdition de la religion?

* Cette déperdition ne rend pas illicite la résidence dans ces pays. Mais il est vrai que s'éloigner de son milieu religieux peut, avec le temps, entraîner une déperdition de la foi de la personne à tel point que celle-ci prenne à la légère la non-observance de quelques obligations ou l'accomplissement de quelques interdits.

Aussi, si ce responsable craint une déperdition de sa religion dans la limite définie ci-dessus, en raison de sa résidence dans ces pays, il ne lui est pas permis d'y vivre.

Question 14 : II se peut que le résident en Europe, en Amérique ou dans d'autres pays de ce genre commette certaines actions illicites qu'il ne commettrait pas s'il était resté dans son pays musulman., En effet, les spectacles ordinaires de la vie avec ce qu'ils impliquent comme provocation, entraîne le responsable, en général et contre son gré, vers l'illicite.

Alors, est-ce que ceci est considéré comme une déperdition de la religion qui rend illicite la résidence dans ces pays?

* Oui, sauf si ses actes illicites sont des péchés mineurs et qu'ils ne se répètent pas.

Question 15 : On a défini le fait de s'arabiser après émigration comme étant le fait d'aller vivre dans un pays où les connaissances religieuses du responsable diminuent et leur ignorance augmente.

Est-ce que cela veut dire que, dans ce genre de pays, le responsable doit faire preuve de précaution supplémentaire envers soi-même afin que son ignorance de la religion n'augmente pas avec le temps?

* La précaution supplémentaire n'est obligatoire que si son abandon provoquera la déperdition de la religion jusqu'au degré défini précédemment [Cf. question 13].

Question 16 : Si les conditions de commettre l'illicite par un prédicateur musulman qui tient à sa religion se multiplient à cause de la spécificité du milieu et de la société tel que l'étalage des charmes, ceci lui rend-il illicite le séjour dans un pays de ce genre, et dans ce cas, doit-il renoncer à la prédication pour rentrer dans son pays?

* Si cette personne commet quelques péchés mineurs, il ne lui est pas illicite de rester dans ce pays à condition qu'elle soit certaine de ne pas se laisser entraîner vers des péchés plus grands.

Question 17 : Si l'émigrant craignait la déperdition de la religion de ses enfants, lui est-il illicite de rester dans ces pays?

* Oui, tout comme pour lui-même d'ailleurs.

Question 18 : Le responsable résidant en Europe, en Amérique et autres pays similaires doit-il enseigner à ses enfants la langue arabe compte tenu que c'est la langue du Coran et de la loi musulmane et que son ignorance amènera, dans le futur, l'incapacité de lire les sources principales de la loi musulmane rédigées en arabe et, par voie de conséquence, la faiblesse des connaissances religieuses et la déperdition de la religion?

* II n'est obligé de leur apprendre en cette langue que ce qui leur est nécessaire pour accomplir leurs devoirs religieux exigeant la langue arabe comme la lecture de deux s,rats dont al-fati^a et les invocations (adkar) des prières obligatoires. Mais il n'est as tenu de leur apprendre plus. Ils peuvent en cas de possibilité, apprendre les connaissances religieuses et les charges légales dont ils ont besoin dans une autre langue. Il est, cependant, conseillé de leur apprendre le Saint Coran en langue arabe.

Il convient même de bien leur apprendre avec perfection la langue arabe afin qu'ils puissent accéder aux sources principales des connaissances islamiques dans leur langue d'origine. Ces connaissances sont, après le Coran, la noble sunna du Prophète et les paroles de Ahl Al-Bayt (la famille du Prophète) (que la prière et la salutation de Dieu soient sur eux).

Question 19 : Si un musulman responsable a l'occasion de vivre dans un pays musulman malgré quelques difficultés économiques en comparaison à sa situation dans un pays occidental, doit-il s'installer dans ce pays musulman et quitter le pays non musulman?

* Non, ceci n'est pas obligatoire sauf s'il craint une déperdition de sa religion selon les limites citées précédemment.

Question 20 : Si un responsable peut, sans craindre la déperdition de sa propre religion, inviter les non musulmans vers l'Islam ou s'il peut agir pour consolider la religion des musulmans dans les pays non musulmans, doit-il, dans ce cas, faire de la prédication?

* Oui, ceci est une obligation collective (fard kifāya) pour lui et pour tous ceux qui peuvent le faire.

Question 21 : Est-il licite de continuer à vivre dans des pays non musulmans malgré ce qu'y existe comme choses blâmables qui harcèlent le musulman, sa famille et ses enfants, dans la rue, à l'école, à la télévision ou dans d'autres lieux sachant qu'il lui est possible de se rendre dans un pays musulman, mais que ce déplacement lui causera des problèmes de résidence, une perte financière, des difficultés pour les besoins de sa vie d'ici-bas et un recul de son confort. S'il ne lui est pas licite de continuer à résider dans ces pays, est-ce que le fait qu'il s'intéresse à la prédication auprès des musulmans pour leur rappeler certains de leurs devoirs et les inciter à abandonner les actions illicites, peut-il rendre cette résidence licite?

* La résidence dans ces pays ne devient pas illicite si elle ne 'oppose pas à l'accomplissement des obligations légales pour lui et pour sa famille, au présent et à l'avenir. Par contre, elle n'est pas permise lorsqu'elle devient un obstacle à cet accomplissement, même si la personne fait quelques actions de prédication et Dieu est le plus savant.


1- Muhammad b. Ya'qūb Al-Kulaynī : al-'usul, tome 2, p. 281.
2- Ibid., tome 2, p. 277
3- Idem.
4- Ibid.,tom, p. 278.- Idem. -Ibid.,
5- Al-'Amilī : tafsîl wasā'il al-shî'a, tome 15, p. 100.
6- Ibid., tome 2, tome 16, p. 188.
7- Idem..
8- Idem..