Code de Pratiques Pour les Musulmans en Occident

Le Conformisme (ou) Suivre lُavis du marji‘ suprême (al-taqlīd)

Le conformisme (al-taqlid) est le fait d'agir en fonction de la fatwa du faqīh le plus savant réunissant les conditions nécessaires d'aptitude même lorsque tu te n'y réfères pas lors de l'accomplissement de l'acte. Tu dois, donc, agir en fonction de ce qu'il a ordonné et éviter ce qu'il a proscrit sans aucune réflexion de ta part. En agissant ainsi, tu mets ton acte, tel un collier, autour du cou du faqīh ayant prononcé la fatwa et tu lui fais porter la responsabilité de ton acte devant Dieu.

Le faqīh appelé à être suivi dans ses fatwas doit être le plus savant de ses contemporains et le plus capable de déduire les lois légales de leurs sources communément admises.

Il convient de clarifier ici les lois légales suivantes :

Question 22 : Le responsable n'ayant pas la capacité de déduire et de définir les lois légales doit se conformer à l'avis du mugtahid le plus savant et le plus capable en la matière. Tout acte d'un responsable tel que celui dont il est question est non valable s'il ne fait pas preuve de conformisme et de précaution (ihtiyāt).

Question 23 : Le mugtahid al-'a'lam (l'interprète le plus savant): est celui qui est plus capable de déduire les lois religieuses en se référant à leurs bases fondamentales.

Question 24 : Pour connaître le mugtahid le plus savant, il est obligatoire de se référer aux personnes expertes et spécialisées dans ce domaine. Il n'est pas permis de se référer pour le désigner à quelqu'un qui n'est pas expert en la matière.

Question 25 : La personne responsable peut connaître l'avis du savant auquel elle se réfère par un des trois moyens suivants :

a - en entendant la règle légale directement du mugtahid.

b - en prenant connaissance de la fatwa du mugtahid par l'intermédiaire de deux hommes justes ou d'un homme digne de confiance et dont la parole incite à la sérénité.

c- en se référant à l'épître pratique du savant dont elle fait le taqlīd ou à un autre document reprenant ses sentences à condition d'être sûre de sa véracité.

Question 26 : Le responsable peut se référer à un autre savant si le mugtahid le plus savant n'avait pas de fatwa concernant son problème ou s'il n'avait

pas la possibilité d'avoir cette réponse lorsqu'il en a besoin. Toutefois, il faut respecter la règle qui impose le recours au plus savant.

Voici, cher lecteur, quelques interrogations concernant le taqlīd et les réponses de son ةminence notre sayyid à leur propos:

Question 27 : Les fuqahā' nous disent que nous devons suivre le mugtahid le plus savant. Et lorsque nous demandons aux religieux que nous côtoyons de bien définir le mugtahid le plus savant, nous n'obtenons pas de réponse claire et catégorique nous incitant à suivre ce savant avec quiétude. Et lorsque nous leur demandons la raison de leur hésitation, ils nous répondent : «nous ne sommes pas des experts» et ajoutent «mais nous avons poser cette question à un certain nombre d'experts qui nous ont dit que la détermination du mugtahid le plus savant exige l'étude des livres des fuqahā' mugtahidīn afin de déterminer le mugtahid le plus savant. C'est une opération longue, difficile et compliquée, aussi posez votre question à quelqu'un d'autre».

Si le problème de la détermination du mugtahid le plus savant est si difficile dans les centres d'études religieuses, qu'en est-il de ce problème dans les pays qui sont loin de ces centres comme les pays européens et l'Amérique? Nous arrivons avec énormément d'endurance à convaincre un jeune homme ou une jeune fille à observer la loi sacrée, ses obligations et ses interdictions, dans ses pays puis nous parvenons à les convaincre de trouver la personne à suivre et lorsqu'ils demandent comment la trouver, ils n'obtiennent pas de réponse.

Y a-t-il une solution à ce problème?

* Si certains experts refusent de déterminer le plus savant pour une raison ou pour une autre, cela n'empêche pas qu'il y en a d'autres qui ne le refusent pas. On peut connaître ces experts par l'intermédiaire des hommes de religion et d'autres hommes connus par leur confiance et leur relations avec ceux qui ont des liens avec al-hawzat (les universités islamiques) et avec les savants de par le monde. La détermination du mugtahid le plus savant est, certes, une opération difficile mais elle ne peut être considérée comme un problème insoluble.

Question 28 : Comment peut-on connaître les experts afin de les interroger au sujet du mugtahid le plus savant? Comment peut-on les atteindre pour leur poser cette question alors qu'on est loin des universités islamiques et de l'Orient en général? Enfin y a-t-il une solution qui permet de rendre le

problème plus facile et d'identifier celui qu'on doit suivre?

* Les experts qui peuvent déterminer le plus savant sont les mugtahidin eux-mêmes et ceux qui sont proches de leur niveau de connaissance c'est-à-dire ceux qui peuvent discerner les signes d'un savoir étendu. Les derniers doivent réunir les trois conditions suivantes :

Premièrement : La connaissance des méthodes permettant l'authentifîcation d'un récit et de l'intrus qui peut l'affecter. Ceci implique la maîtrise de la généalogie et de la science du hadīt qui exige, de sa part, la connaissance des sources et la capacité de déceler les faux récits ajoutés et les raisons de ces ajouts et être au courant des différents recueils. Elle lui impose, également, d'être capable de distinguer le hadīt authentique de celui qui est apocryphe et la confusion qui peut intervenir entre le texte du hadīt et les commentaires des rapporteurs, etc...

Deuxièmement : Comprendre le sens du texte pour en déduire les lois générales du dialogue selon la méthode des Imams en la matière. La maîtrise des sciences de fondements ('usul) religieux, la littérature et la connaissance des avis des savants des milieux populaires contemporains des Imams sont indispensables à ce sujet.

Troisièmement : avoir une vision claire et juste lors de la définition des aboutissants (furū´) à partir des fondements. La façon de connaître le niveau de ceux qu'on soupçonne d'être détenteurs d'un savoir étendu consiste à dialoguer avec eux et à lire leurs œuvres et les rapports de leurs conférences relatives à la théologie et aux fondements.

Si le responsable qui souhaite trouver la personne la plus savante ne parvient pas à son objectif par ses propres moyens, il peut, souvent, les connaître grâce aux religieux et aux personnes dignes de confiance et connus par leur expérience. En outre, à une époque où de nombreux moyens de communication faciles et rapides sont disponibles, l'éloignement ne constitue plus un obstacle pour les contacter.

Question 29 : II se peut que la personne soit assurée et convaincue en se référant à un mugtahid quelconque. Peut-elle, dans ce cas, se conformer aux avis de ce savant malgré la divergence des experts dans la détermination du mugtahid le plus savant?

* Si les experts sont partagés au sujet du plus savant, on est tenu de respecter la parole de celui qui est le plus expert et plus compétent d'entre eux. Cette règle est à respecter chaque
fois qu'il y a une divergence dans les avis des experts.

Question 30 : Si les avis des experts divergent pour déterminer le mugtahid le plus savant ou si ces experts autorisent l'observation des avis de plusieurs mugtahidīn, le responsable a-t-il le droit de suivre la fatwa d'un de ces derniers pour une question quelconque et la fatwa d'un autre pour une autre question et ce jusqu'à ce que la détermination du plus savant devienne évidente pour lui?

* La réponse à cette question impose trois hypothèses.

Première hypothèse : Si certains experts déclarent qu'il est permis de suivre un ou un ensemble de mugtahidīn ceci n'a aucune répercussion légale.

Deuxième hypothèse : S'ils déclarent que deux ou plusieurs mugtahidīn sont égaux au niveau de leurs connaissances et de leur piété (c'est-à-dire l'attachement à la déduction des règles), le responsable a, dans ce cas, le choix de suivre dans ses actions l'avis de l'un ou de plusieurs d'entre eux. Toutefois, la précaution

obligatoire impose, pour certaines questions, la prise en compte de tous leurs avis réunis si c'est possible. C'est le cas, notamment, dans les questions relatives au raccourcissement et la complétude de la prière, (à savoir s'il faut la faire courte ou complète).

Troisième hypothèse : Si certains experts déclarent qu'un mugtahid est le plus savant, et d'autres désignent un autre, on se retrouve devant les deux cas suivants :

- Le responsable sait que l'un des deux est plus savant sans pouvoir le déterminer, ce cas est rare et sa règle est détaillée dans le livre
minhag al-salihīn (question 9).

- Si le responsable ne sait pas que l'un des deux est plus savant ou pense qu'ils sont égaux au niveau de leurs connaissances, dans ce cas-là il faut appliquer la règle de la deuxième
hypothèse citée précédemment à condition qu'il n'ait pas été prouvé que l'un des deux est plus pieux que l'autre. En effet, si la piété d'un des deux est supérieure, le responsable est tenu de
suivre le plus pieux.

Question 31 : Si une nouvelle question se pose au responsable et qu'il ne connaît pas la réponse du mugtahid qu'il suit, doit-il chercher à connaître l'avis de ce mugtahid et interroger ceux qui ont sa procuration, quitte à dépenser d'importantes sommes au téléphone ou lui suffît-il d'agir selon l'avis de n'importe quel autre mugtahid dont il peut connaître facilement l'avis et agir en fonction jusqu'à ce qu'il puisse connaître l'avis du mugtahid qu'il suit? Enfin quelle est la sentence de ses actions précédentes si elles étaient différentes à l'avis de ce mugtahid?

* II est tenu de se renseigner à propos des fatwas de son mugtahid même par le biais du téléphone à condition que cela ne lui cause pas un grave préjudice. S'il ne parvient pas à se renseigner, il lui est permis de se référer au sujet de cette question à un autre mugtahid tout en respectant la règle du plus savant. Dans ce cas, son action est valable s'il la fait selon la fatwa du second mugtahid même s'il découvre, par la suite, que l'avis de ce dernier est différent de celui de son mugtahid le plus savant.