Les Fatwas Simplifiées

La causerie de la perte anormale de sang (al-istihad.a)

Mon père s'est installé dans sa place habituelle avant d'annoncer le thème de la causerie du jour, la perte anormale de sang (al-istihad.a).

Mais dès qu'il a fini de prononcer ce mot, j'ai constaté que les lettres qui le constituent sont, à quelques différences près, celles du terme menstrues (al-hayd.). Après avoir fait ce lien, une sorte de fil saignant envahit mon esprit en prenant la forme d'une femme.

■ J'ai dit : Est-ce que la perte anormale de sang (al-istihad.a) relève uniquement des femmes?

Il répondit : oui.

■ J'ai poursuivi : Est-ce qu'elle est une fuite sanguine...?

- Il répliqua : oui... mais...

■ Mais quoi?

- Mais à condition qu'il ne s'agisse ni du sang des menstrues, ni de celui qui succède à un accouchement, ni d'une blessure, ni d'un bouton, ni d'un dépucelage.

■ J'ai continué : Autrement dit, al-istihad.a est tout sang qui ne dépend ni de celui des menstrues, ni de celui qui succède à un accouchement, ni d'une blessure, ni d'un bouton, ni d'un dépucelage.

- Il répondit : oui.

■ J'ai dit : Il s'agit de plusieurs sortes de sang.

- Il poursuivit : Quelques-uns uns sont une preuve de fertilité de la femme et de sa jeunesse. Ne constates-tu pas qu'en vieillissant, la femme n'a plus de menstrues et ne peut plus enfanter?

■ J'ai dit : Le sang des blessures, des boutons et celui qui succède à un accouchement sont généralement connus. Mais comment la femme peut-elle savoir qu'il s'agit du sang d'al-istihad.a et de celui des menstrues?

- Il répliqua : Est-ce que tu te rappelles des caractéristiques du sang des menstrues?

■ J'ai dit : Oui. C'est un sang chaud, rouge ou noir, qui s'écoule avec douleur.

- Il répondit : Souvent les caractéristiques du sang d'al-istihad.a sont différentes car, dans la majorité des cas, ce sang est jaunâtre, très fluide et s'écoule sans douleur.

■ Je lui ai dit : Mais comment la femme peut-elle savoir qu'il s'agit du sang d'al-istihad.a et non celui du dépucelage si les deux faits coïncides?

- Il précisa : Le sang du dépucelage entoure le coton (tampon) tel un anneau alors que celui d'al-istihad.a l'imbibe entièrement et peut, même, souiller le fil qui le retient.

■ Ainsi, le sang d'al-istihad.a peut colorer totalement le coton.

- Oui, mais il peut, aussi, ne pas le faire en entier car al-istihad.a prend trois formes :

une istihad.a abondante lorsque le coton s'imbibe totalement du sang qui le dépasse pour souiller le fil qui le retient,

une istihad.a moyenne lorsque le sang imbibe uniquement le coton,

et une istihad.a faible lorsque le sang colore le coton sans le tremper en raison de sa quantité infime.

■ Quelle est la règle qui s'applique à chacune d'elles?

- En cas d'une istihad.a abondante, la femme doit effectuer trois ghusl (grandes ablutions) : un pour la prière du matin, un autre pour celles de la mi-journée (al-z.uhr) et de l’après-midi (al-‘as.r), si elle fait les deux à la fois et un troisième pour celles du coucher (al-maghrib) et pour celle du soir (al-‘ishâ’) si elle les fait en une seule fois également.

■ Et si elle ne les accomplit pas d'une façon groupée?

- Elle doit effectuer les grandes ablutions pour chaque prière.

■ Cette règle s'applique-t-elle dans tous les cas?

Non, ceci ne s'applique que lorsque le sang coule continuellement et qu'il apparaît à chaque fois sur le coton. Mais s'il y apparaît d'une façon irrégulière de façon à ce qu'elle puisse faire une seule fois les grandes ablutions et s'en contenter pour faire une ou plusieurs prières jusqu'à la prochaine apparition du sang, [elle doit renouveler les grandes ablutions à chaque apparition du sang. Aussi, si elle les fait avant la prière de la mi-journée (al-z.uhr) puis constate du sang sur le coton avant ou durant la prière de l’après-midi (al-‘as.r), elle doit refaire les grandes ablutions]. Toutefois, si le laps de temps qui sépare les deux écoulements permet l'accomplissement de deux ou plusieurs prières, elle n'est pas tenue de renouveler les grandes ablutions.

Tout ceci concerne l'istihad.a abondante.

Dans le cas d'une istihad.a moyenne, elle doit faire les petites ablutions (al-wud.ü’) avant chaque prière [et faire une fois par jour des grandes ablutions (ghusl) avant les petites].

■ Peux-tu me donner un exemple à ce propos?

- Avant la prière de l'aube (al-fajr), la femme découvre qu'elle a une perte anormale du sang et, après vérification, constate qu'elle s'agit d'une istihad.a moyenne, [elle doit faire les grandes ablutions] puis les petites avant d'accomplir la prière en question. Le ghusl effectué suffit pour toutes les prières de la journée qui doivent, cependant, être précédées par al-wud.ü’. Elle doit agir, exactement, de la même façon le jour suivant.

Lorsqu'il s'agit d'une faible istihad.a, elle doit effectuer uniquement les petites ablutions pour chaque prière obligatoire ou surérogatoire.

Al-istihad.a peut-elle évoluer d'une forme vers une autre?

- Oui. Il se peut qu'une faible istihad.a se transforme en abondante et inversement...

■ Comment la femme peut-elle savoir la modification de son istihad.a?

- [Pour le savoir, elle doit vérifier avant la prière] et agir selon le résultat de cette vérification. Si elle constate qu'elle a une faible istihad.a, elle doit agir en fonction de la règle précisée ci-dessus et ainsi de suite.

■ Et en ce qui concerne le coton imbibé de sang de même que le fil qui l'attache s'il est souillé par ce liquide?

- Il est préférable de les changer ou de les laver pour chaque prière dans le cas d'une faible ou moyenne istihad.a. Mais, en cas d'une istihad.a abondante, [elle doit le faire dans la mesure de possible] et tenter de contrôler l'écoulement du sang entre les grandes ablutions et la prière si ceci ne porte pas préjudice à sa santé.

■ Doit-elle se presser à accomplir la prière après la purification nécessaire?

- [Oui].

■ Quelles sont les règles qui découlent de la perte anormale de sang (al-istihad.a)?

- Premièrement : la femme en état d'istihad.a doit se purifier après l'arrêt de l'écoulement du sang pour la prière suivante en procédant à des petites ablutions en cas d'une faible ou moyenne istihad.a ou à des grandes ablutions en cas d'une abondante 'istihad.a.

Deuxièmement : Il est illicite de toucher le Coran pour une femme ayant une istihad.a quel que soit son degré et ce jusqu'à ce qu'elle retrouve son état de pureté et après avoir accompli sa prière.

Troisièmement : Il est permis de divorcer d'une femme en état d'istihad.a.

Quatrièmement : Les interdictions suivantes qui s'appliquent à une femme ayant ses menstrues ne concernent pas la femme en état d'istihad.a : avoir des rapports sexuels, l'entrée aux mosquées, y rester ou y poser quoi que ce soit et la lecture des versets imposant la prosternation.

Cinquièmement : Le jeûne de la femme ayant une faible ou une moyenne istihad.a est valide même si elle n'effectue pas les petites ou les grandes ablutions indispensables pour la prière. Quant à celle qui a une abondante istihad.a, un groupe de jurisconsultes (fuqahâ’) (que Dieu leur accorde Sa Miséricorde) stipulent que son jeûne est valide à condition de procéder à des grandes ablutions la nuit précédant le jour du jeûne ainsi qu'à des grandes ablutions la journée. Cependant, il est plus juste, à notre avis, que tout ceci ne rend pas son jeûne valide.

Sixièmement : La femme ayant une abondante istihad.a n'est pas obligée de faire des petites ablutions après les grandes, contrairement à celle ayant une moyenne istihad.a [pour qui ceci est obligatoire].