Les Fatwas Simplifiées

La causerie de la mort (al-mawt)

Je ne peux m'empêcher de vous avouer que lorsque mon père a commencé sa causerie sur la mort, j'étais très tendu, nerveux et agité. Je fixais son visage en faisant attention à ses paroles prononcées avec une lenteur vigilante témoignant d'une fort probable inquiétude.

Je ne peux vous cacher, également, le fait que chaque fois que mon père prononçait le mot "mort" ; ce vocable terrible, effrayant et obscur ; je sentais une accélération incontrôlée des battements de mon cœur en raison de la peur excessive de ce que j'entendais. Tout ceci obscurcissait, malgré moi, le teint de ma peau et couvrait mon front d'une sueur bouillante.

Mon état de peur s'accentua au fur et à mesure que mon père parlait de «la mort et du mort». La panique et la nervosité ne tardèrent pas à trahir mon inquiétude.

La pression de ces deux éléments m'obligèrent de reconnaître mon angoisse.

Et lorsque mon père parvient à distinguer les marques de la peur sur mon visage et mes yeux qui le fixaient énergiquement, il m'a dit :

- Tu as peur?

■ Et comment pourrais-je ne pas l'être?

- As-tu peur de la mort ou du mort?

■ Et comme j'avais plus peur du mort que de la mort je lui répondit : du mort.

La frayeur que j'ai vécue et reconnue aujourd'hui fut épouvantable. Je n'avais jamais vu auparavant une personne agonisante ou en train de mourir. Je n'ai même pas eu l'occasion d'entendre, avant ce jour, un récit relatant ce que je dois faire si je me trouve auprès d'une personne agonisante.

Avant, chaque fois que je voyais un cortège funèbre je ressentais une profonde affliction et une éprouvante angoisse à tel point que je me pressais de détourner mon regard dans l'espoir de couper court à la panique qui envahissait ma mémoire.

■ Oui. J'ai peur du mort.

- Je l'ai répété une seconde fois pour confirmer ma conviction à ce propos.

- Tu crains le mort plus que la mort et ce qui vient après la mort?!

Mon père poursuivit en disant : Tu as peur de celui qui était, avant l'instant de sa mort, un être vivant et qui comme toi, buvait, mangeait, pleurait, riait, se promenait, rêvait et dormait.

Puis... puis, elle (la mort) s'est attaquée à lui, comme elle le fait avec tout être vivant, pour le terrasser...

Pourquoi n'essaies-tu pas d'être réaliste et avoir peur de la mort plus que du mort?

Est-ce que tu t'es déjà demandé que sont devenus les peuples et les générations précédentes et successives le jour où « leurs demeures sont devenues des tombes, leurs biens des héritages alors qu'ils ne pouvaient plus savoir qui est venu les voir, qui les a pleurés et qu'ils ne pouvaient répondre aux appels des autres »?

Que ... et « que de jardins et de sources ils laissèrent [derrière eux]. Que de champs et de superbes résidences, que de délices au sein desquels ils se réjouissaient. Il en fut ainsi et Nous fîmes qu'un autre peuple en hérita » (Le Coran, sürat Al-Dukhân (la fumée) versets 25-27).

Puis, où sont partis tous ceux que tu connaissais?

Où sont tes ancêtres et tes aïeuls... Où est telle personne? Et l'autre ...? « Ils ont échangé la face de la terre contre son intérieur, l'aisance contre l'exiguïté, les proches contre la solitude, la lumière contre l'obscurité »

Mon père s'est mis, ensuite, à réciter les vers suivants :

Nous sommes tous dissipés alors que la mort passe jour et nuit.

Pleure ta propre personne mon pauvre si tu veux te lamenter.

Tu n'auras pas l'éternité même si tu vis autant que Noé.

Il plongea par la suite dans un silence épais rendant les minutes lentes et lourdes. Son visage avait l'air de quelqu'un qui essayait d'organiser et de réunir ses idées. Ce silence prit fin lorsqu'il s'exclama :

Que Dieu t'accorde Sa Miséricorde Abı Al-hasan le jour où, quelques instants avant ton décès, tu as dit : «Hier, j'étais votre compagnon. Aujourd'hui, je suis un exemple pour vous. Et demain, je serais celui qui vous quittera. Mon calme, ma tête baissée et l'immobilité de mes membres vous serviront de leçon. Ceci est plus exhortant pour ceux qui tirent les leçons que la logique la plus éloquente et la parole la plus entendue» .

Que Dieu t'accorde Sa Miséricorde mon maître le jour où tu as dit : «Sachez que votre fine peau ne peut supporter le feu. Aussi, soyez bienfaiteurs avec vos âmes car vous avez bien expérimenté le feu lors des calamités de la vie d'ici-bas.

N'avez-vous pas vu l'angoisse qui s'empare d'un de vous lorsqu'une épine le pique, ou lorsqu'un écueil le fait saigner ou encore lorsque la chaleur intense le brûle? Que serait sa réaction s'il se retrouve entre deux couches de feu?

Savez-vous que Mâlik lorsqu'il se met en colère contre le feu de l'enfer, il détruit le feu par le feu. Et lorsqu'il le gronde, il bandit par crainte de sa réprimande?!»

Mon père continua en me disant :

Il est temps pour toi de dépasser la peur de la mort pour ne penser qu'à la frayeur d'après la mort : «Le jour où vous le verrez, toute nourrice oubliera ce qu'elle allaitait, et toute femelle enceinte avortera de ce qu'elle portait. Et tu verras les gens ivres, alors qu'ils ne le sont pas. Mais le châtiment d'Allah est dur» (Al-haj (le pèlerinage), verset 2) . «Le jour où chaque âme se trouvera confrontée avec ce qu'elle aura fait de bien et ce qu'elle aura fait de mal ; elle souhaitera qu'il y ait entre elle et ce mal une longue distance! Allah vous met en garde à l'égard de Lui-même. Allah est Compatissant envers [Ses] serviteurs» (’Al-Imrân (la famille d'Imran), verset 30)

Que le mort ou l'agonisant te rappelle ton propre sort et qu'il ne soit pas une source de frayeur.

Mon père prononça cette phrase puis plongea dans un long silence. Cette recommandation m'a poussé à esquisser la remise en question de mes craintes en suscitant une consciente réflexion que mon père interrompit en me disant :

Si par hasard tu te retrouves auprès d'un musulman agonisant, laisse tes peurs de côtés [ et oriente-le vers la qibla].

■ Comment dois-je l'orienter?

- Tu le mets sur dos et tu diriges le plat de ses pieds vers la qibla.

■ Autrement dit, je dois diriger ses pieds vers la qibla?

- Exactement que l'agonisant soit un homme ou une femme, âgé ou jeune. Il est recommandé de lui faire prononcer les deux professions de foi (al-shahâdatayn), de l'inciter à reconnaître le prophète (pbAsl) et les Imâms (bs eux). Tu dois lire à son chevet le chapitre Al-s.âffât (Les rangées) pour lui faciliter le retrait de l'âme. Il est abhorré qu'une personne en état d'impureté majeure ou ayant des menstrues accompagne un agonisant. Il est aussi abhorré de toucher l'agonisant lors de la retraite de l'âme.

■ Et lorsqu'il meurt?

- Une fois l'agonisant mort, il est recommandé de lui fermer les yeux et la bouche et d'étendre ses bras au long de son corps de même que ses jambes. Tu dois par la suite le couvrir, lire du Coran à son chevet, éclairer la maison où il habitait et informer les croyants de son décès afin qu'ils assistent à son enterrement. Il est recommandé de l'enterrer le plus rapidement possible sauf si tu doutes de son décès.

■ Et que faire en cas de doute?

- Dans ce cas, tu dois ajourner son enterrement jusqu'à ce que sa mort soit certaine après quoi tu dois le laver quel que soit son sexe et son âge.

■ Et le mort-né (l'avortant) ?

- Même le mort-né s'il avait atteint quatre mois d'âge [et même s'il ne les a pas atteint si son corps était complètement constitué], mais la prière n'est ni obligatoire ni recommandée sur lui.

■ Et qui lave le mort?

- L'homme lave l'homme et la femme lave la femme. Il est du droit du mari et de l’épouse de laver celui qui est mort d'entre eux. De même, un enfant mort quel que soit son sexe peut, indifféremment, être lavé par un homme ou une femme. En outre, toute personne considérée comme muhram ou ayant avec le défunt un lien de parenté par le sang, par alliance ou par allaitement, peut laver le mort même lorsqu'il est de sexe opposé, [en cas de l'impossibilité de trouver une personne de même sexe que le mort].

■ Comment se déroule la toilette mortuaire?

- Le mort doit faire l'objet de trois ghusl ou grandes ablutions.

Le premier avec de l’eau de jujubier.

Le deuxième avec l’eau de camphre

Le troisième avec de l’eau pure.

[Il est indispensable que le ghusl du mort soit fait dans l’ordre], c’est-à-dire en lui lavant d’abord la tête et le cou, puis le côté droit et enfin le côté gauche. En plus, l'eau utilisée doit être pure, permise et non volée, absolue et non altérée. Le jujubier et le camphre doivent être permis eux aussi.

■ Doit-on déshabiller le mort lors du ghusl?

- Il est permis voire préférable de le laver avec ses vêtements.

■ Comment l'eau peut être absolue alors qu'il faut lui ajouter du jujubier ou du camphre?

- On ne lui ajoute qu'une petite quantité de ces deux produits ce qui ne peut en faire une eau altérée.

Et si le corps du mort devient impur avec une souillure étrangère ou issue du défunt lors du ghusl?

- Il est obligatoire de purifier la partie souillée sans refaire le ghusl.

■ Que faut-il faire après la toilette mortuaire?

- On doit embaumer le mort et le mettre dans un linceul.

■ C'est quoi l'embaument (al-tahnıt.)?

- Il consiste à passer du camphre ayant conservé son parfum, pur, permis et non usurpé sur les sept endroits qui touchent le sol lors de la prosternation. Il vaut mieux faire cette opération avec la paume de la main en commençant par le front du mort.

■ Et en ce qui concerne les autres points de prosternation?

- Ils ne sont soumis à aucun ordre.

■ Comment doit-on envelopper le mort dans un linceul?

- Il faut le faire en utilisant trois pièces de tissu :

1 - al ma’zar , [qui doit couvrir le mort entre le nombril et les genoux]

2 - al-qamıs. , qui doit [couvrir le mort des deux épaules jusqu’à la moitié des jambes].

3- al-’izâr qui doit couvrir tout le corps du mort. [Il doit être suffisamment long pour qu’on puisse nouer les deux côtés, le haut et le bas]

■ Et pour ce qui est de la largeur?

- Il doit être assez large pour que l’un de ses côtés couvre l’autre.

■ Y a-t-il d'autres conditions à observer concernant ces tissus?

- Oui. Il faut que tous ces tissus couvrent le cadavre du mort, qu'ils ne soient ni usurpés, ni en soie pure, [ni dorés, ni issus d'un animal dont la consommation de la viande est illicite], ni souillés sauf dans le cas de nécessité absolue où il faut, uniquement, que ces tissus ne soient pas usurpés.

■ Et si on n’ arrive pas à trouver les trois pièces d'étoffe citées ci-dessus?

- On ensevelit le mort avec ce qu'on peut trouver parmi ces pièces.

■ Que faut-il faire après le lavage, l'embaument et l'ensevelissement du mort?

- Il faut faire la prière sur lui-même lorsqu'il s'agit d'un enfant, de six ans par exemple, qui sait faire la prière.

■ Comment fait-on la prière mortuaire?

- Cette prière diffère de la prière quotidienne. Elle consiste à prononcer cinq takbırât (i.e. allâhu akbar) (Allah est Grand) et ne comprend ni récitation du Coran, ni génuflexion, ni prosternation, ni tashahhud (prononcer la profession de foi en position assise à la fin de la prière), ni salutation. Il est préférable que la personne qui fait la prière implore la clémence de Dieu pour le mort après une des cinq takbırât et dans les autres, il peut choisir entre prier sur le prophète (pbsl), d'invoquer Dieu pour les croyants ou de glorifier Allah qu'Il soit exalté.

■ Peux-tu me donner un exemple résumé sur cette prière?

- On prononce la première takbırat suivie des deux témoignages professions de foi (al-shhâdatayn) puis la deuxième suivie de la prière sur le Prophète (pbAsl) et sur sa famille (bs sur elle), puis la troisième suivie d’invocations pour les croyants et les croyantes, puis la quatrième suivie d'invocations pour le défunt et enfin prononce la cinquième et dernière takbırat. Ainsi s’achève la prière mortuaire.

■ Y a-t-il des conditions à observer lors de la prière mortuaire?

- Oui. On doit respecter les conditions suivantes :

1 - L'intention (al-niyya) de façon à ce que la prière concerne le mort sans aucune confusion.

2 - Se tenir debout en cas de capacité.

3 - Cette prière doit se dérouler après le lavage, l'embaument et l'ensevelissement du mort.

4 - La personne qui fait la prière doit s'orienter vers la qibla si c'est possible.

5 - Le mort doit être devant celui qui fait la prière.

6 - La tête du mort doit être située à droite de la personne qui fait la prière et ses pieds à sa gauche.

7 - Le mort doit être posé sur son dos lors de la prière.

8 - Il ne faut pas qu'il ait un obstacle entre le mort et celui qui prière, tels un rideau ou un mur. Le cercueil ou la civière mortuaire et les rangs de prieurs ne sont pas considérés comme des obstacles.

9 - Il ne faut pas qu'une distance excessive sépare le mort de celui qui prie ou que l'un des deux soit surélevé de l'autre. Toutefois, cette séparation n'est pas prise en compte en cas de rangs successifs de prieurs ou de multitude de morts.

10 - Il faut que le tuteur (waliy) du mort tels que le père ou le frère autorise la personne à faire la prière sur le défunt.

11 - Le prieur doit alterner les takbırât et les invocations et les supplications.

■ Pourquoi n'as-tu pas parlé de la purification du prieur par des grandes ou des petites ablutions ou par le tayammum (purification avec du sable ou de la terre)?

- Car elle n'est pas obligatoire pour cette prière.

■ Et après la fin de la prière.

- Il faut enterrer le défunt en le mettant dans une tombe de façon à ce que deux objectifs soient réalisés :

le premier : protéger le cadavre des animaux féroces

le second : éviter que son odeur ne gêne les gens.

Il faut poser le défunt dans la tombe, coucher sur son côté droit de sorte que son visage soit orienté vers la qibla.

■ Existe-t-il des conditions concernant le lieu d'enterrement?

- Oui..

1 - Il faut que cet emplacement soit permis et non usurpé, qu'il ne soit pas un legs pieux pour une école, une œuvre dépendant « d'Al-h.usaynia » ou autre et qu'il ne gêne pas ou ne presse pas une source d'eau offerte en legs pieux ou un lieu de ce genre [et même s’il n'y a ni gêne ni pression].

2 - Le lieu d'enterrement ne doit pas porter atteinte à l'honneur du musulman défunt telle que une décharge à ordure.

3 - Il ne faut enterrer le musulman dans un cimetière de mécréants.

Et après l'enterrement?

- On rapporte que le prophète Muhammad (pbAsl) a dit ce qui suit : «Pour le mort, il n’y a pas de nuit plus dure que la première nuit. Alors soyez clément envers vos morts et payer l’aumône pour lui. Et si vous ne pouvez pas le faire, que l’un de vous fasse une prière de deux génuflexions en lisant, dans la première Al-fâtiha puis le verset d'Al-Kursiy (le Trône) et dans la deuxième al-fâtiha puis chapitre Al-Qadr (la destinée) dix fois. Il doit dire après les salutations finales : allâhumma s.allı ‘alâ Muhammad wa ’âli Muhammad (Seigneur, accorde Ta bénédiction à Muhammad et à la famille de Muhammad) et offre la récompense de cette invocation à la personne enterrée en citant son nom».

■ Tu m'as parlé lors d'une causerie précédente d'un ghusl que tu as appelé le ghusl du mort. De quoi s'agit-il?

- En effet, celui qui a touché un mort musulman ou non avant la fin de son lavage doit faire des grandes ablutions

■ Ceci est-il obligatoire, uniquement, en cas d'existence d'humidité?

- Avec ou sans humidité et peu importe si on touche le mort par nécessité ou délibérément.

■ Que doit faire celui qui a touché un mort?

Il doit :

1 - procéder aux grandes ablutions avant l'accomplissement de tout acte exigeant la pureté telle que la prière.

2 - ne pas toucher le Saint Coran et tout ce qui est interdit à une personne en état de souillure.

Mon père plongea quelques instants dans le silence puis dit :

- Si l'époux meurt, son épouse doit respecter le délai de viduité (al-‘idda) quel que soit son âge. Ceci s'applique aussi à la femme qui n'a pas encore rejoint la maison de son mari. La femme non enceinte doit observer un délai de viduité de quatre mois et dix jours. En outre, elle doit, si elle possède toute sa raison, renoncer à tous ustensiles et vêtements de beauté tels les vêtements de couleur rouge. Elle lui est illicite, également, de porter des bijoux, d'utiliser le khôl, le parfum, la teinture et le rouge à lèvres. Mais, elle a le droit de se laver le corps et les vêtements, de couper ses ongles, de sortir de chez elle, notamment pour satisfaire un besoin ou accomplir tout autre ordre ou nécessité.

■ Et en ce qui concerne la femme enceinte?

- Si le mari d'une femme enceinte meurt, celle-ci doit rester en période de viduité jusqu'à l'accouchement. Après cet événement, elle doit vérifier si un délai de quatre mois et dix jours est passé après le décès de son époux ce qui implique que sa période de viduité est terminée. Sinon, elle doit la poursuivre jusqu'à la fin de l'espace temps précisé.