Les Fatwas Simplifiées

La causerie du pèlerinage (al-haj)

Mon père m'a raconté son premier pèlerinage avec l'engouement d'un ancien amoureux dont la blessure de l'amour n'a toujours pas cicatrisé et l'allégresse d'un passionné fervent qui vient juste de rentrer d'une rencontre au sommet. Il avait dans les yeux une tiédeur émouvante, dans la voix une lenteur douce et sur la bouche un sourire imprégné d'amour que, semble-t-il, seules une pudeur imposante et une dignité radieuse empêchent le dévoilement.

Intrigué par son état, j'ai dit à mon père : je te vois évoquer ton premier pèlerinage comme un amoureux qui parle de son premier contact avec sa bien-aimée.

Il répondit avec une voix qui devint, subitement, tremblante et saccadée : En repassant avec toi le film des souvenirs de ce merveilleux voyage, je ressens la chaleur croissante, la douceur et l'extase de cet amour vif, douloureux et profondément ancré dans le cœur...

N'as-tu pas lu la parole suivante de Dieu (qu'Il soit exalté) : Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux : «[Et rappelle-toi] quand nous fîmes de la Maison un lieu de visite et un asile pour les gens» (Al-Baqarah (la vache), verset 125).

Et la parole de Dieu (qu'Il soit exalté), par la voix de Son Prophète Abraham (bsl): Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux : «Ô notre Seigneur, j'ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée [la Ka‘ba], -ô notre Seigneur- afin qu'ils accomplissent la prière. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d'une partie des gens» (Ibrâhım Abraham), verset 37).

Et voici mon cœur qui brûle, comme lors de la première fois, d'envie d'aller visiter cette Maison pure dans la vallée aride, habitée par la majesté de la révélation, riche de lumière, de parfum, d'amour sincère, de beauté et de passion.

En achevant cette phrase, mon père baissa légèrement la tête, se tait quelques brefs instants puis déclama d'une voix à peine audible en s'adressant à sa propre personne :

Ô mon âme! La vallée du bien-aimé Muhammad //

a l'amour fertile alors que le blé ne l'est pas.

Ici la Ka‘ba éclatante, la révélation et la senteur //

et par-là la lumière. Anéanties-toi et fond dans son amour

Ô mon âme! C'est entre Al-hat.ım et Zam-Zam //

que j'ai laissé mes larmes pour expier mes péchés.

J'ai embrassé le sol sept fois et enduit mes yeux //

d'une beauté majestueuse rappelant les secrets du ciel.

Et dans la Ka‘ba éclatante, j'ai enjolivé mon mal d'amour //

et les portes du ciel ont couvert d'or mes sanglots.

Mon père leva la tête par la suite en me disant : C'est ainsi que mon cœur est tombé amoureux de mon premier pèlerinage. Une fervente envie de m'y rendre m'envahit chaque fois qu'arrive le temps de cette rencontre annuelle. D'ailleurs, j'ai imploré Dieu dans ces lieux sacrés de m'accorder la félicité du pèlerinage une deuxième, une troisième et une quatrième fois.

J'ai interrompu mon père avec étonnement :

■ La personne majeure doit-elle faire le pèlerinage une première fois, puis une deuxième, une troisième et une quatrième?

- Pas du tout. Mais, tu dois effecteur le pèlerinage une fois dès que tu en as la capacité : Dieu (qu’Il soit exalté) dit dans Son Livré Sacré : «Et c'est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens, d'aller faire le pèlerinage de la Maison.» (Al-‘Imrân (la famille d’Imran), verset 97).

Quant au second, troisième et quatrième pèlerinage, ils sont recommandés.

■ Raconte-moi donc le récit de ton premier pèlerinage que tu aimes tant.

- A mon arrivée à Al-jahfa, qui est un des lieux de sacralisation considérés par la loi musulmane ou ce qu'on appelle mawâqıt al-ihrâm, et après avoir fait l'intention de la sacralisation pour la visite pieuse (al-‘umra) précédent le pèlerinage en vue de me rapprocher à Dieu (qu'Il soit exalté), j'ai enlevé mes vêtements, mis les deux tissus de sacralisations, à savoir al-qamıs. (une pièce de tissu couvrant la partie allant des deux épaules jusqu’à la moitié des jambes) et al-’izâr (une pièce de tissu qui couvre tout le corps) blancs et prononcé la talbiyya qui consiste à dire dans une langue arabe correcte : «labbayka allâhumma labbayk, labbayka lâ sharıka laka labbayk, inna al-hamda wa al-ni‘mata laka wa al-mulk, lâ sharıka laka labbayk» (Me voici à Toi, ô mon Maître, me voici à Toi, me voici à Toi, il n'y a point d'associé à Toi, me voici à Toi, les louanges, les bienfaits et la royauté sont à Toi, il n'y a point d'associé à Toi, me voici à Toi).

Mes articulations tremblèrent dès que j'ai dit «labbayka». J'étais dans un état de crainte et de recueillement que je n'ai jamais senti auparavant. Je me suis rappelé à cet instant de ce que vivait ton Imâm (bsl) comme peur, changement de teint de la peau, de lourdeur dans la voix et d'hésitations lors de la talbiyya par crainte de Dieu (qu'Il soit exalté).

En entrant en état de sacralisation, il m'est devenu illicite d'avoir des rapports sexuels quelle que soit leur forme et leur nature, d'utiliser du parfum, de regarder un miroir pour l'ornement, de me protéger du soleil [ou de la pluie], de porter des vêtements cousus et ce qui en fait partie telle que les chaussettes, de couvrir la tête et autres choses précisées dans les livres de jurisprudence.

■ Et après la sacralisation?

- Je me suis dirigé vers la Mecque en étant purifié pour accomplir sept circumambulations rituelles (al-t.awâf) autour de la Maison antique (la Ka‘ba) en commençant et en terminant par la Pierre Noire. Après quoi, j'ai fais la prière de la circumambulation rituelle qui compte, comme pour celle du matin, deux génuflexions derrière le lieu de prière d'Abraham (bsl) dans l'espoir de me rapprocher par tous mes actes à Dieu (qu'Il soit exalté).

J'ai effectué par, la suite, le sa‘y qui consiste à faire sept allers et retours ou courses entre les collines de s.afâ et de Marwa en commençant par la première et en terminant par la seconde. Après ces sept courses, j'ai procédé au raccourcissement (al-taqs.ır) de mes cheveux.

Avec ce dernier acte, j'ai terminé la visite du pèlerinage et je me suis dégagé de la sacralisation en attendant l'arrivée du huitième jour du mois de dhü al-hijja qui correspond à «yawm al-tarwiyya» pour rentrer, à nouveau, en état de sacralisation à partir de la Mecque. Mais cette fois, la sacralisation est faite en vue du pèlerinage et non pour la ‘umra.

Dès l'arrivée de ce huitième jour, j'ai remis al-qamıs. et al-’izâr pour la sacralisation du pèlerinage. J'ai prononcé la talbiyya avant de prendre la route de ‘Arafât en empruntant une voiture décapotable car je dois me tenir debout en ce lieu dès le début de l'après-midi du neuvième jour jusqu'au coucher du soleil.

Au coucher du soleil de ce neuvième jour, j'ai quitté ‘Arafât pour me rendre à Al-Muzdalifa où j'ai passé la nuit du dixième jour du mois de dhü al-hijja. Juste après le lever du soleil, je me suis rendu à Minâ en apportant avec moi des cailloux que j'ai ramassés à Al-Muzdalifa car j'ai trois obligations à remplir à ma nouvelle destination.

Ces obligations sont :

1 - le lancement de sept cailloux (al-jamarât) une après l'autre,

2 - le sacrifice (al-nahr) d'un animal à Mina,

3 - et le rasage (al-halq) à Mina.

Après l'accomplissement de ces obligations, je me suis dégagé de tout ce qui m'a été interdit par la sacralisation, à l'exception des femmes, du parfum et [la chasse].

Je me suis rendu, une seconde fois, à la Mecque pour accomplir la circumambulation rituelle du pèlerinage et sa prière et accomplir le sa‘y entre Al-s.afâ et Al-Marwa.

En terminant tout cela, j'ai effectué la circumambulation rituelle des femmes et sa prière.

Après quoi, j'ai rebroussé chemin à Mina où je dois dormir les nuits du onzième et du douzième jours et y rester jusqu'à l'après-midi de ce dernier jour. Durant le onzième jour, j'ai lancé les trois cailloux (al-jamrât) : la première, la médiane et celle d'Al-‘Aqaba, dans cet ordre. J'ai refait la même chose le douzième jour.

Lorsque le temps de la prière de la mi-journée du douzième est entré, j'ai effectué la prière en question avant de quitter Mina en terminant, ainsi, les obligations du pèlerinage.

En dépit de la foule énorme, du soleil ardent, du sable brûlant, des efforts considérables que j'ai déployés pour être certain que j'étais bien debout à ‘Arafât, à Al-Muzdalifa et à Mina, le pèlerinage fut une occasion merveilleuse pour se rapprocher de Dieu (qu'Il soit exalté), L'implorer, se tenir devant Lui et s'adresser à Lui jour et nuit.

Ainsi, j'ai quitté la Mecque en ayant déjà l'envie d'y retourner pour me rendre à Meddine où j'ai eu l'honneur de visiter la tombe du Prophète Muhammad (pbAsl), celle de la vertueuse et pure Fât.ima Al-Zahrâ’ (bs elle), les tombes des Imâms (bs eux) enterrés à Al-Baqı‘ «l'Imâm Al-hasan (bsl), l' Imâm ‘Alı b. Al-husayn (bsl), l'Imâm Muhammad Al-Bâqir (bsl) et l'Imâm ja’far Al-s.âdiq (bsl)».

J'ai également visité les mosquées et les lieux de martyrs situés autour de Meddine ainsi que la tombe de hamza, l'oncle du Prophète (bsl).

Tel est, en résumé, le récit de mon premier pèlerinage. Et lorsque tu auras l'argent nécessaire pour accomplir le pèlerinage après l'avoir purifié en payant son aumône (al-zakât) et son quint (al-khums) si c'est nécessaire, je te parlerai largement de tout cela étape par étape.

Que Dieu t'aide pour visiter Sa Maison sacrée et qu'Il fasse que cette visite te soit utile. Il est bien proche et Il exauce toujours les invocations.

■ Avant de terminer notre causerie, je souhaite, mon père, te poser quelques questions sur «la purification des biens», leur aumône et leur quint que tu as évoqués.

- Pas maintenant car la discussion sur l'aumône et le quint est longue et nous allons réserver une causerie à chacun d'entre eux si Dieu le veut.

■ Tu me parleras, donc de l'aumône lors de notre prochaine causerie, puis du quint dans celle d'après.

- Comme tu le souhaites. Si Dieu le veut.

■ Si Dieu le veut.