Les Fatwas Simplifiées

La causerie du quint (al-khums)

C'est avec un visage orné d'une rare gravité que mon père entra dans la pièce où nous allons nous entretenir, avec dans les mains un exemplaire du Saint Coran. Et dès qu'il a pris place devant mois, il s'est penché sur le Livre sacré, l'embrassa avant de me le proposer avec ses deux mains.

J'ai senti une extraordinaire crainte en le saisissant. Mon père m'a dit alors :

- Ouvre le Livre sacré et lis-moi un passage du début de la dixième partie.

■ J'ai ouvert le Livre sacré pour me mettre à la page indiquée puis j'ai lu le verset suivant après avoir demandé la protection d'Allah contre le diable banni : «Et sachez que, de tout ce que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah, au messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs (en détresse), si vous croyez en Allah et en ce que Nous avons fait descendre sur Notre serviteur, le jour du Discernement ; le jour où les deux groupes s'étaient rencontrés, et Allah est Omnipotent» (Al-Anfâl (le butin), verset 41).

Mon père m'interrompit en disant :

- Relis-moi ce que tu viens de lire.

■ Aussi, j'ai repris la lecture des paroles de Dieu( qu'Il soit exalté) : «Et sachez que, de tout ce que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah, au messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs (en détresse)» .

Il répliqua : Ca suffit! Ca suffit!... Puis baissa la tête quelques instants à la manière de quelqu'un qui interpelle sa propre personne en balbutiant : «Et sachez que, de tout ce que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah»

Il leva la tête et me dit en me regardant droit dans les yeux :

Dieu (qu'Il soit exalté) dit : «Et sachez». Est-ce que tu sais que le quint est obligatoire?

■ J'ai répondu en étant envahi par un sentiment mêlé d'assurance certaine et de crainte : Oui... Oui... Je le savais.

Puis, il se leva pour me passer un livre intitulé al-wasâ’il écrit, comme l'indique la couverture, par Muhammad b. Al-hasan Al-hur Al-‘Âmilı et me demanda d'y retrouver et y lire le chapitre relatif au quint.

Ainsi, j'ai lu un certain nombre de hadıths des Imâms ‘Alı (bsl), Al-Bâqir (bsl), Al-s.âdiq (bsl), et Al-Kâz.im (bsl) et qui concernent tout le quint.

Parmi ces hadıths, celui rapporté par ‘Amrân b. Müsâ qui dit : J'ai lu auprès de Müsâ b. ja‘far (bsl) le verset relatif au quint et il m'a dit : «Ce qui est à Dieu est à Son messager et ce qui est à Son messager est à nous». Et il poursuivit : «Dieu divise les moyens de subsistance des croyants en cinq dirhams, un dirham pour Leur Seigneur et quatre pour eux, ils peuvent en disposer licitement».

J'ai lu, également, ce hadıth rapporté par un nommé Sammâ‘a qui dit : J'ai interrogé Al-hasan (bsl) au sujet de quint et il m'a répondu : «Il concerne tout ce que les gens gagnent quelle que soit sa quantité».

Et aussi le hadıth de Muhammad b. Al-hasan Al-’Ash‘arı qui dit : Un de nos compagnons a écrit à Abı ja‘far (bsl) en lui disant : Eclaire-moi sur le quint. Est-ce qu'il s'applique sur tout ce que gagne l'homme, quelle que soit sa nature et dans tous les métiers? Et comment le prélever? Il lui répondit par sa propre main : «Le quint se prélève après le prélèvement des provisions».

Après avoir terminé la lecture de ce hadıth, j'ai dit à mon père :

■ Dans la causerie de la prière tu m'as dit de ne pas faire la prière avec des vêtements qui n'ont pas fait l'objet du quint. Et dans celle de pèlerinage, tu m'as ordonné de purifier mes biens en payant, le cas échéant, le quint et l'aumône légale avant d'accomplir ce rituel. Devrais-je, donc, payer le quint sur tous mes biens?

Mon père me répondit : Le quint est obligatoire sur ce qui suit :

1 - Le butin, argent ou autre, pris par les musulmans lors d'une guerre licite contre les mécréants.

2 - Sur les minerais extraits de la terre tels que l'or, l'argent, le cuivre, le fer, le souffre, et autres ainsi que le pétrole et la houille après avoir payé les charges de production et de raffinage et à condition que la valeur marchande de la matière extraite atteigne quinze mithqâl de change en or frappé en monnaie et plus.

3 - Les trésors à condition que la valeur marchande de la matière extraite atteigne quinze mithqâl de change en or et plus ou cent cinquante mithqâl de change en argent et plus et après paiement des frais d'extraction.

4 - Ce qu'on extrait par plongée dans les mers ou dans les fleuves où se forment les perles, le corail ou autres matières de ce genre, à condition que la valeur du produit extrait atteigne un dinâr en or.

5 - L'argent licite mélangé à l'argent illicite dans quelques cas.

6 - Les bénéfices annuels recueillis par le commerce, l'industrie, l'agriculture, l'élevage ou toute autre activité y compris les salaires et les traitements et... et...

Je l'ai interrompu :

■ Autrement dit, les bénéfices des commerçants doivent faire l'objet du quint?

- Non seulement les bénéfices des commerçants, mais ceux de toute autre personne dont toi et moi.

■ Comment un commerçant doit-il évaluer les bénéfices sur lesquels s'applique le quint?

- Il doit d'abord évaluer tous ses biens : marchandises et argent liquide après un an d'exercice. Ensuite, il doit exclure :

Premièrement : le capital avec lequel il fait du commerce.

Deuxièmement : les sommes engagées pour réaliser les bénéfices, notamment les salaires des employés, les charges de transport, d'électricité, de téléphone, de loyer, des dépôts, des impôts etc...

Troisièmement : ses dépenses personnelles et familiales équivalentes à l'année écoulée, c'est-à-dire tout ce qu'il a payé pour la nourriture, la boisson, l'habillement, le logement, l'équipement, les soins médicaux et autres frais divers tels que les dettes, les cadeaux, les obligations, les frais de voyage et toutes autres dépenses considérées normales et non comme un gaspillage. Une fois qu'il exclut tout cela, il doit payer 20% de la somme restante à titre de quint.

■ Peux-tu me donner un exemple pour que je comprenne bien?

- Prenons le cas d'un commerçant. Au début de l'année, il constate qu'il possède dix mille dinâr en argent liquide et vingt mille dinâr de marchandise ce qui fait un total de trente mille dinâr. Après vérification, il a trouvé que son capital au début de l'année s'élevait à quinze mille dinâr, qu'il a dépensé pour le transport, l'électricité, la location etc..., la somme de mille dinâr, et qu'il a dépensé pour lui et sa famille quatre mille dinâr. Ses bénéfices nets après la soustraction du capital initial, des charges du commerce et des dépenses annuelles sont de dix mille dinâr (30000 - 20000 = 10000). C'est cette somme qui doit être soumise au quint et dont le montant s'élève ici à deux mille dinâr (10000 : 5 = 2000).

■ A partir de quelle date dois-je commencer à compter les intérêts pour payer le quint?

- Depuis le début de la réalisation des bénéfices si tu n'as pas de métier. Tu dois payer le quint si tu gardes ces bénéfices pendant un an sans les dépenser pour la nourriture, la boisson, les soins médicaux, l'équipement mobilier, voyage ou autre... Mais si tu as un salaire que tu gagnes suite à un métier chez un tiers, tu dois commencer à le compter depuis le début d'entrée de ton salaire.

■ Et si j'achète un vêtement et je le garde un an sans le porter?

- Paye son quint. La même règle doit être appliquée par le père de famille qui achète des produits pour la maison et qu'il n'utilise pas pendant un an y compris le surplus de blé, de riz, de farine, de sucre, de thé, de lentilles, de conserves, de beurre, de gâteaux, de pétrole, de gaz, etc...

■ Autrement dit, tout ce qui dépasse les besoins (alimentaires, vestimentaires...) fait l'objet du quint.

- Oui... Et lors du jour du prélèvement du quint, tu dois effectuer un inventaire complet de tout ce qui dépasse les besoins annuels pour donner son quint ou son équivalence en argent.

■ Dois-je évaluer le montant du quint en me référant à la valeur du produit lors de l'achat ou lors de ce prélèvement?

- Plutôt sa valeur lors du calcul du quint et non lors de l'achat.

■ Et si je ne paye pas le quint sur un produit qui doit en faire l'objet?

- Il t'est illicite de l'utiliser tant que tu n'as pas versé le quint. Cette interdiction peut se lever par autorisation du gouverneur légal s'il l'estime utile.

■ Une personne décède en sachant qu'elle doit s'acquitter du quint mais ne donne pas de recommandations dans ce sens à ses héritiers. Que doivent faire ces derniers?

- Ils doivent le prélever de son héritage avant de procéder à tout partage dicté par le testament ou le droit de succession. Toutefois, cette règle ne s'applique pas si le défunt était un désobéissant qui ne payait pas le quint. Dans ce dernier cas, il est licite pour l'hériter croyant de s'approprier son héritage sans dégager la responsabilité du défunt de ce devoir.

Il en est de même si le croyant hérite, suite à une transaction ou gracieusement, des biens non soumis au quint. Il peut se les approprier et en disposer. Il peut agir de la même façon si une personne ne payant pas le quint lui permet de disposer de ses biens sans les hériter. Dans tous ces cas, le croyant n'a rien à se reprocher et la charge est sur le dos de celui qui refuse de verser le quint par négligence.

Mon père termina ses explications avant de se taire. Mais, je n'ai pas tardé à l'interpeller en disant :

■ Que doit faire un commerçant, un propriétaire foncier, un industriel, un ouvrier, un fonctionnaire, un étudiant ou autres si, pendant des années, il n'a pas payé le quint et n'effectue aucun inventaire dans ce sens alors qu'il a gagné de l'argent, acquit des maisons, acheté du mobilier, des tapis, des vêtements etc..., puis se rend compte qu'il doit payer le quint sur ses bénéfices?

- Il doit impérativement payer le quint sur tous les bénéfices que tu as cités lorsqu'ils dépassent ses frais annuels.

■ Donne-moi un exemple sur ce que tu dis?

- La maison qu'il a achetée sans y habiter parce qu'il a une autre maison plus conforme à ses goûts, doit faire l'objet du quint.

Le mobilier qu'il a acheté et n'a pas eu le besoin d'utiliser doit, aussi, faire l'objet du quint.

On peut dire la même chose des autres biens.

■ Et en ce qui concerne les biens achetés pour répondre à ses besoins annuels que ce soit une maison, du mobilier ou autre chose de ce genre?

- Si, par exemple, il achète la maison ou le mobilier avec les bénéfices de la même année où il s'est installé dans la maison ou utilisé le mobilier en question, il ne doit pas payer le quint. Cette règle s'applique aux cas similaires.

■ Et s'il achète la maison avec des bénéfices accumulés pendant des années y compris ceux de l'année de l'achat et de la résidence dans la maison, comme il est le cas fréquemment de nos jours et qu'il ne peut faire la distinction entre les divers bénéfices et, par conséquent, ne peut calculer le quint?

- Il doit se retourner vers un gouverneur légal ou son représentant pour trouver un arrangement sur la valeur des bénéfices au sujet desquels il y a un doute. Quant aux bénéfices des années précédant l'achat, ils doivent, impérativement, faire l'objet du quint.

■ Et s'il se trouve dans l'incapacité de payer en une seule fois le quint accumulé ou encore si ceci lui provoque une gêne et un mal?

- Le gouverneur légal ou son représentant peut lui proposer un échéancier pour un paiement progressif sans indulgence et sans négligence.

■ En ce moment, j'habite avec toi dans la même maison, dois-je quand bien même payer le quint ou ton payement suffit?

- Oui. Tu dois payer le quint sur tes bénéfices même si tu vis avec moi sous le même toit et si tu gardes tes bénéfices entre tes mains pendant une année entière sans les dépenser car tu n'en as pas besoin.

■ Supposons, qu'en tant qu'étudiant, je travaille durant les vacances estivales et je gagne un salaire que tu m'as laissé afin que je le dépense pour mes besoins, pour acheter des vêtements par exemple, dois-je payer le quint sur ce salaire?

- Si tu le dépenses dans des choses convenables, tu n'as aucun quint à payer. Par contre, si tu le mets de côté entièrement ou partiellement jusqu'à l'écoulement d'une année, tu dois payer le quint.

■ Une personne achète un local commercial en payant le pas de porte et les outils de travail qui y existe. Cette personne paie le quint la première année. Est-ce qu'elle doit payer le quint sur la valeur, supposée croissante, du pas de porte et des outils de travail?

■ Pas du tout. Elle doit payer le quint après la vente du commerce si elle constate une augmentation et la réalisation de bénéfices à condition de ne pas les dépenser pour les frais annuels.

■ Les ustensiles prévus pour le boire et le manger s'ils sont utilisés comme objets de décoration. Ce dernier usage les rends-t-il exempt du quint?

- Si leur existence est commune chez d'autres et leur inexistence est considérée comme un manque, ils doivent être considérés comme faisant partie des frais annuels et ne font, donc, pas l'objet du quint.

■ Une personne paye le quint sur une somme d'argent en sa propriété avant de la convertir en une autre monnaie ce qui engendra le doublement de la somme en question. La personne décide, alors, de les épargner et de les garder pour une période allant au-delà d'une année.

- Le quint n'est pas obligatoire sur la somme en plus si le propriétaire a l'intention de garder effectivement l'argent.

■ Quelques produits alimentaires sont subventionnés par l'État ce qui engendre leur vente à des prix très bas en comparaison avec leur valeur marchande réelle. Si une personne qui possède des produits de genre ne les consomme pas avant le passage d'un an, est-ce qu'elle doit estimer leur valeur en fonction du prix subventionné ou en fonction du prix du marché?

- Ils doivent être évalués selon le prix du marché lors du calcul du quint.

■ Une parcelle de terre qu'une personne achète légalement et l'exploite alors que la même parcelle est enregistrée au nom d'une autre personne aux cadastres et que cette personne peut, à tout moment, se l'approprier. Doit-elle payer le quint aujourd'hui ou attendre l'enregistrement de cette terre en son nom au service des cadastres?

- Elle doit payer le quint si les conditions requises sont réunies.

■ Un fonctionnaire retraité perçoit une pension de l'État. Est-ce qu'il doit payer le quint lors de son encaissement ou doit-il attendre le début de l'année?

- Le quint s'applique au surplus qui reste au début de l'année.

■ Et si je calcule le quint, à qui dois-je le verser?

- Le quint se compose de deux parties :

Une pour l'Imâm al-muntaz.ar (attendu) «que Dieu accélère sa délivrance». Elle doit être dépensée dans les domaines agrées, ou estimés l'être, par l'Imâm et après autorisation d'al-marja‘ (le guide de référence) [le plus savant et le plus au courant des intérêts publics].

Et une autre partie pour les pauvres et les voyageurs hashimites croyants et aussi pour les orphelins des croyants qui observent les règles de la religion de la rectitude.

Le terme hashimite désigne les personnes qui, par leur père, appartiennent à la descendance de Hâshim, le grand-père du prophète Muhammad (pbAsl).

Ceci étant, [il n'est pas permis de verser le quint aux personnes à qui la personne doit donner une pension tels que le père, la mère, l'épouse et l'enfant]. Il n'est pas permis de le verser à quelqu'un qui le dépense dans l'illicite. [On est même tenu de vérifier si ce versement n'aidera pas la personne à commettre un péché quitte à ce qu'elle ne le dépense pas dans l'illicite. Il n'est pas permis de le verser à quelqu'un qui ne fait pas la prière, boit du vin ou manifeste la débauche].